PROJET DE RECHERCHE

Mon travail porte principalement sur l’art vidéo, le dessin et l’installation. Selon mon origine chinoise et mes déplacements en France et au Québec, mes recherches deviennent multiculturelles, avec un intérêt pour la spiritualité. Mon sujet de recherche concerne la répétition et ce qui change lorsqu’un geste est répété, mais aussi à la relation « entre » les gestes. La philosophie de Gilles Deleuze donne les enjeux de la séquence et du devenir dans l’événement de la répétition que la différence occasionne. Plusieurs artistes ont expérimenté la répétition, chacun à leur façon. Par exemple, «Art must be Beautiful» (1975) de Marina Abramović et la vidéo « Four Hands » (2001) de Bill Viola, la vidéo de «Handmade» (2011-2012) de Ymane FAKHIR et les vidéos de Francis Alÿs. Les dessins de Roman Opalka et les performances de Richard Long réfléchissent à la répétition des gestes dans leur pratique.Ces oeuvres puissantes donnent un éclairage particulier sur les relations multiples entre

répétition et différence.

Mon travail est en lien avec les déplacements et séjours que j’effectue dans divers pays, et les gestes expriment les émotions que je vis. L’anxiété, le calme, la perte, etc., sont matière à expression dans le langage corporel dans mes vidéos, et particulièrement à travers les gestes subtils des mains. J’observe et je reproduis les gestes subtils, je les ai réorganisés et représentés, pour montrer les émotions délicates, à la fois heureuses et douloureuses, une expression de la mémoire, de l’expérience physique et des sensations qui en découlent. De plus, une voix-off « compte » le nombre de gestes effectués. Pour moi, ce « système » de chiffres est un moyen de partager le processus de la répétition qui peut changer la pensée.

 

Mon objectif est d’explorer les gestes subtils (creuser, tirer, serrer, etc.) avec les matériaux divers (papier, ciseaux, glace, plantes, etc.) en gros plan pour la caméra, et présentés ensuite aux publics. Je voudrais approfondir la différence culturelle (les cinq éléments de la philosophie orientale: or, bois, eau, le feu et la terre) venant de mon parcours personnel mais qui s’étend autrement dans et par ma pratique. Mon expression singulière, de compter, d’élaguer, de fondre, d’enlever, est une manière de manifester spécifiquement une panoplie émotions (angoisse, perplexité, évasion, doute, douleur) de ce que je vis. Toutefois, il s’agit d’amener cette expression personnelle pour rejoindre des enjeux plus larges. À cet égard, je cherche à voir comment les gestes répétitifs peuvent-ils exprimer un affect ? Dans la pensée de Gilles Deleuze, l’affect est quelque chose qui circule en dehors de l’humain et de l’oeuvre, une possibilité d’affecter et d’être affecté. Quels affects impersonnels peuvent sortir de l’émotion, des gestes, des objets ainsi agencés dans ma pratique ? Quelles différences engendrent-ils ? Comment un affect extrêmement subtil s’exprime-t-il dans ma pratique artistique ? En même temps, j’ai envie de pousser le questionnement: comment utiliser les gestes subtils pour susciter de nouveaux affects à travers une pratique vidéo, installation et performance ?

 

En résumé, la répétition est partout, et la différence aussi. Quelle répétition engendre quelle différence et par la suite, quel affect ? Je termine ma présentation avec une citation de Deleuze tirée de Différence et répétition, page 47 : “La rencontre des deux notions, différence et répétition, ne peut plus être posée dès le départ, mais doit apparaître à la faveur d'interférences et de croisements entre ces deux lignes, l'une concernant l'essence de la répétition, l'autre, l'idée de la différence.”